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  Maitrise C.M.O.P.C (Mémoire) 

III. Une prise de conscience de son existence et de son potentiel.

vendredi 2 décembre 2005, modifié le 5 décembre 2005, par Quentin Drouet

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Dans un contexte économique plus que morose de ces dernières années on peut dresser un bilan plus que négatif de la politique culturelle de l’Etat français quant aux rapports de l’art et de la technologie. Mais il existe des initiatives particulières (de plus en plus locales, régionales) dans le domaine de la création et de la diffusion de l’art numérique, de la formation, de la recherche et de l’enseignement, de la réflexion théorique, initiatives qui témoignent d’une dynamique réelle. On enregistre un nombre croissant d’actions et de projets hors des circuits traditionnels (création de nouvelles galeries, expositions, soutiens aux artistes, accueil en résidence, débats, publications en ligne, etc.), en même temps que l’intérêt du public augmente pour cette forme d’art. #TABLEMATIERES

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*La prise de conscience des collectivité territoriales.

Ces dernières années, l’Etat et certaines collectivités territoriales ont enfin pris des positions afin de contribuer à l’évolution des arts multimédias en France. Etant donné que le mécénat dans notre pays, contrairement aux pays anglo-saxons comme les Etats-Unis, est encore très marginal (mise à part quelques grandes fondations encore trop peu nombreuses), le ministère de la Culture et de la Communication, ses représentants régionaux que sont les DRAC, mais surtout les collectivités locales ont créé des prémices d’initiatives dans ce domaine. En effet, plus encore que le cinéaste, l’écrivain ou même le plasticien, le créateur électronique se trouve fort dépourvu quand il fait face au devis de production. Peu d’aide publique pour créer et gérer un serveur web, pas de commission d’achat pour les installations techniques matérielles et logicielles, pas d’aide à la production de web movies... Néanmoins, quelques associations ou structures dédiées ont pu, suite à la volonté de certains, voir le jour.

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**Les ECM et autres structures.

Depuis 1997, Le ministère de la Culture et de la Communication soutient la mise en place de lieux d’accès publics au multimédia au sein de structures culturelles et socio-culturelles en développant le programme ECM, Espace Culture Multimédia afin de réduire ce que l’Etat français appelle la « fracture numérique ». Cette « politique » a été lancée par Catherine Trauttman.

Des municipalités ou des régions ont créé des centres dédiés à la création numérique qui constituent souvent des éléments moteurs de la vie culturelle. Ces structures sont créées par les mairies et prennet la forme juridique de régie directe ou d’associations. Elles mettent en œuvre des actions et des programmes de sensibilisation, d’initiation et de formation au multimédia à partir de contenus culturels, éducatifs et artistiques et de projets d’usages de ces technologies en valorisant de manière prioritaire la dimension culturelle des ces technique comme outils d’accès à la culture et au savoir et comme outils d’expression et de création.

Les ECM réalisent sur le terrain un travail de création et de mise en valeur des pratiques artistiques de la culture multimédia. Elles organisent ainsi des évènements culturels sur ce thème, des cours ou des créations en collaboration avec des artistes professionnels. Ainsi certains ECM s’associent à d’autres structures culturelles dans le cadre de la conception d’évènements importants, c’est notamment le cas d’Ars Longa, association parisienne [1], avec l’Ircam lors du festival Résonnances en 2002 [2]. Le réseau de ces ECM est composé à l’heure actuelle de plus de 135 structures disséminé sur l’ensemble du territoire français.

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**De très rares centres dédiés à la création, l’exemple concret du CICV Pierre Schaeffer.

Le Centre International de Création Vidéo Pierre Schaeffer est implanté à Hérimoncourt, dans le Pays de Montbéliard (Doubs). Association à but non lucratif (loi 1901), il est installé depuis plus de dix ans au Château Eugène Peugeot à hérimoncourt. Il est un pionnier dans le domaine de la création artistique et culturelle, de l’expérimentation et des technologies de la communication. Les membres de son association sont toutes des personnes éminentes du domaine des nouveaux médias et des TIC. On retrouve ainsi, dans sa composition actuelle, des professeurs de l’Université Paris VIII et notamment de son département « Hypermédia » tels que Jean-Pierre Balpe et Edmond Couchot, des sociétaires de l’Institut de Recherche et Coordination Acoustique et Musical (IRCAM) [3] tel que Roland Cahen, mais également des personnes du CNRS comme Béatrice Piccon Vallin et bien d’autres encore. Ces membres sont issus des différents secteurs de la création artistique, de la recherche universitaire, de la culture et de l’économie. Ses ressources financières lui sont attribuées en grande partie par les différentes collectivités territoriales de sa région mais également du ministère de la culture.

Cette structure culturelle reconnue de par le monde, a trois principales fonctions :

- Résidence internationale d’artistes, il accueille chaque année plus de 150 artistes, auxquels il propose un accompagnement artistique et humain, ainsi qu’un plateau technique performant (image et son numérique, synthèse 3D, multimédia et Web). Depuis 1990, plus de 1500 artistes, qui, pour la plupart, utilisent les technologies numériques dans leur travail, ont pu réaliser leur(s) projet(s) au CICV : vidéos, films, installations vidéo, dispositifs interactifs, performances et spectacles multimédia, environnements virtuels, projets artistiques sur Internet, etc... Les artistes utilisant les NTIC y découvrent une large palette d’outils, dont ils repèrent les potentialités techniques, et appréhendent les formations nécessitées par l’approfondissement de tel ou tel domaine. Ils sont en demande et en attente d’initiatives concrètes dans ce domaine. La résidence de création est un moment privilégiée (qualité de l’accueil et de l’environnement, performance des outils techniques, disponibilité de l’équipe de professionnels), permettant à l’artiste de préciser ses points de vue et de mutualiser des compétences avec d’autres équipes de création.

- Il est désormais entendu que, dans les domaines des NTIC, les artistes font figure d’expérimentateurs. Encore faut-il leur donner une chance (liberté, financements, perspectives) d’exercer leur talent, de déployer leur esprit critique, de confronter leurs visions, de participer au débat de société. Qu’il s’agisse des outils (qu’ils contribuent à faire évoluer au-delà des applications initialement prévues par les concepteurs, les développeurs et les fabricants de matériel) ou des usages (qu’ils explorent indépendamment des protocoles généralement admis), les artistes représentent un facteur puissant d’innovation et de créativité. Leur rôle va, en effet, bien au-delà de « l’habillage », de « l’enrobage », de la décoration ou du supplément d’âme : il est à considérer du point de vue du regard critique qu’ils portent sur les médias, favorisant ainsi une appropriation (ou un rejet) lucide de ces technologies par les citoyens. Favoriser l’accès des artistes aux potentialités des NTIC représente donc un enjeu essentiel.

- Aucune action durable ne peut s’envisager hors d’un ancrage local fort. Il s’agit de mettre en œuvre des actions contribuant à développer les usages culturels et sociaux des nouvelles technologies. Cela concerne : les conditions de l’innovation sociale et culturelle à l’heure des nouveaux médias, mais aussi- les conditions permettant de rendre à tous intelligibles les enjeux économiques, sociaux et culturels des NTIC,et enfin, - les conditions de la transmission, c’est-à-dire la réflexion sur les protocoles éducatifs et pédagogiques mis en œuvre, de manière à privilégier la recherche de contenus dignes plutôt que la consommation passive des produits de la modernité.

Le CICV participe régulièrement aux rencontres professionnelles et conférences internationales en Europe et en Amérique (Autriche, Canada, Etats-Unis, Grèce, Finlande, etc.), réalise des missions d’études et d’expertises à la demande du Ministère des Affaires Etrangères, du Conseil de l’Europe, de l’Unesco et accueillent de nombreuses missions étrangères. C’est ainsi que le CICV a tissé des liens avec les institutions et artistes des pays visités et des délégations reçues.

Il intervient aussi au niveau local par la mise en oeuvre de projets artistiques, culturels, pédagogiques et économiques. Il a ainsi mis en place un dispositif européen de formation de Jeunes Entrepreneurs du multimédia, a conçu des séminaires spécialisés à l’intention des étudiants ingénieurs de l’Université Technologique Belfort Montbéliard. Il propose des expositions multimédia interactives, des manifestations et événements en Franche-Comté, en France et à l’étranger et a développé une plateforme de travail collaboratif en réseau pour la découverte des arts électroniques à l’intention des collèges du Doubs et du Territoire de Belfort [4]. Son action est aujourd’hui reconnue dans le monde entier où il apparaît comme un acteur innovant en matière de création artistique et culturelle. A ce titre, il est d’ailleurs consulté par plusieurs institutions (Unesco, Conseil de l’Europe...) et un nombre important de personnalités internationales de l’art, de la recherche et des technologies multimédia sont membres de son association.

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**Quelques subventions.

Contrairement aux autres formes artistiques qui ont leurs organismes de subventionnement propres, les arts numériques ont longtemps attendu avant d’obtenir un geste du Ministère de la Culture et de la Communication dans cette voie. En effet, la subvention ministérielle dédiée aux arts numérique est le DICREAM (Dispositif pour la création artistique multimédia). Face à l’aspect transdisciplinaire de ses création, qui peut simultanément faire appel à l’image fixe et animée, au son, au texte, aux arts plastiques, à l’architecture, au patrimoine, ou au spectacle vivant, les arts numériques contraignent le Ministère de la Culture à élaborer un système nouveau de coopération et de travail en réseau des huit grandes directions du ministère (des arts plastiques ; de la musique, de la danse, du théâtre ; du livre et de la lecture ; du cinéma ; de l’architecture et du patrimoine ; de la recherche et de la technologie ; de l’action territoriale ; de la langue française), et créer ainsi un Fonds spécifique d’aide aux créateurs d’œuvres originales dans l’univers numérique. Pour apporter une aide efficace aux artistes et simplifier leurs démarches, le fonds d’aide à la création artistique multimédia est institué et géré par le DICREAM, au travers d’une commission regroupant toutes les directions du ministère, mais reste dans le cadre du CNC (Centre National de la Cinématographie). L’aide financière attribuée par ce fond se divise en trois aides différentes : aide à la maquette, aide à la réalisation, aide aux manifestations collectives d’intérêt national.

Le premier cas a pour objet de permettre à un ou plusieurs artistes, en cas de demande conjointe, de formuler un projet, mettant en valeur sa démarche artistique et présentant les caractéristiques économiques et juridiques de son projet. Son montant est compris entre 5.000 € et 10.000 €.

L’aide à la réalisation est destinée à aider à la finalisation du projet artistique, sous forme de subvention dont le montant ne peut dépasser 50% du budget global de l’opération.

Enfin, l’aide aux manifestations collectives d’intérêt national, peut être de plusieurs natures dont les plus notables sont :le haut patronage de la ministre, le parrainage du ministère, le partenariat du ministère, le soutien d’une direction ou d’un établissement du ministère, la contribution en conseils, en expertises ou en intervenants dans le cas de colloques et d’aide financière.

Le DICREAM n’est pas, contrairement à ce l’on pourrait penser, fondée sur la question de l’utilisation des nouvelles technologies ou du numérique mais plutôt comment des disciplines comme les arts plastiques, le théâtre, la danse, la musique, le cinéma se décloisonnent et comment elles interrogent le numérique d’une manière critique. La notion de transdisciplinarité est plus fondamentale que la simple utilisation des technologies.

Le RIAM, Réseau pour l’Innovation dans l’Audiovisuel et le Multimédia, co-financé par les ministères de l’Industrie, de la Recherche et de la Culture, est également une possibilité pour l’artiste multimédia de financer ses projets, cependant il impose des règles strictes de création.

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*De nouvelles initiatives.

Même si quelques structures culturelles non négligeables, de conception architecturale plus ou moins anciennes, ont accordé une place plus ou moins grande dans leurs programmations aux créations artistiques issues des technologies numériques, elles se retrouvent souvent confrontées aux spécificités techniques que leur exposition nécessite. L’espace important occupé par les outils mis en oeuvre (qu’ils soient disposés en régie ou sur la scène de représentation) et la disponibilité de nombreux flux (électriques, réseaux...) sont des éléments au bon fonctionnement plus que contraignants. Parmi ces lieux, les plus importants en ce qui concerne la programmation sont notamment la Maison des Arts de Créteil [5] ou Le Manège [6], Scène Nationale de Maubeuge-Mons, toutes les deux dirigées par Didier Fusillier, également à l’heure actuelle, Directeur Général de Lille 2004 : Capitale Européenne de la culture [7], qui travaille en collaboration dans le cadre de la direction artistique de ces lieux et évènements avec Richard Castelli, actuellement le plus important producteur indépendant français concernant les arts alliés aux nouvelles technologies dans le cadre de sa société Epidemic [8]. Ces deux personnes font partie des personnalités incontournables des arts multimédias en France. Ils organisent également conjointement chaque année les festivals VIA, créé en 1995, et EXIT, en tous points similaires du coté de la programmation, l’un se déroulant à Maubeuge [9] et l’autre à Créteil [10], Via ayant lieu quelque temps avant EXIT une année, et inversement l’année suivante. Ces deux évènements sont les produits du mélange des arts de la scène (danse, musique et théâtre), et du design, de l’architecture, des nouvelles écritures, des images électroniques, mêlant ainsi des créateurs de tous horizons artistiques et géographiques. Spectacles, expositions, colloques et différentes rencontres sont mis en oeuvre afin de vulgariser les sciences et ses applications dans le domaine des arts. D’autres lieux culturels importants reçoivent des évènements ponctuels de ce type. La Conciergerie [11], monument historique parisien, a accueilli du 4 au 16 novembre 2003 dans le cadre de la Gaité Lyrique Hors les Murs [12] et du Festival D’Automne [13], l ’exposition « Être humain trop lourd » de Du Zhenjun, artiste chinois, révélation de ces deux dernières années pour ses installations multimédias interactives traitant de sujets graves liés à de simples moyens.

[2’« Du Zhenjun traite avec légèreté, élégance et humour des thèmes graves (l’enfermement, la monstruosité, l’esclavage, l’aliénation des humains à des causes dérisoires et des entreprises mortifères).[....] Ces œuvres-ci dans ce lieu-là placent le visiteur dans une situation inédite : se laisser envahir par la majesté et la légèreté de l’ensemble alors que précisément cet ensemble nous convie à un devoir de mémoire et de réflexion. » [14].’2]

L’artiste y a ainsi présenté neuf installations représentatives de l’ensemble de son travail. Malgré ces diverses initiatives, les nécessités techniques ne sont que très rarement comblées, elles sont la plupart du temps détournées, souvent au détriment de l’esthétique de l’exposition. Ces lieux n’étant pas réfléchis pour ce type de manifestation, il est courant de voir les installations les unes jouxtant les autres. Dans le cadre d’objets multimédias, alliant souvent sons et images, il est difficile d’attribuer à chacun un espace définit dans lequel il ne rentrerait pas, par exemple, en « collision sonore » avec les autres. Les outils techniques nécessaires au bon fonctionnement d’une exposition ou d’un spectacle numérique sont également causes de tracas. Certains artistes « jouent » avec leur présence sur la scène de représentation, cependant, pour d’autres, leur présence reste un problème. C’est pourquoi, ces dernières années, des personnes éminentes de ce secteur ont réfléchi à la manière de penser ces lieux de diffusion afin d’apporter aux artistes toutes les solutions à leurs difficultés de mise en scène liées aux éléments nécessaires.

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**La réorganisation scénique des lieux culturels.

Afin de répondre aux nouveaux enjeux de la création contemporaine et notamment à ceux des créations et spectacles vivants liés aux nouvelles technologies, les structures d’accueil en résidence mais également les structures de diffusion doivent modifier leur dispositifs scéniques. Jusque là, elles étaient adaptées à la création et à la représentation de spectacles que je qualifierait de « classique », c’est à dire avec une représentation frontale de la part des acteurs. Dorénavant, les « nouveaux » metteurs en scène et chorégraphes recherchent une participation plus grande de la part du public à leur spectacles, il est alors nécessaire de créer des espaces de représentations modulables afin que chaque demande de la part des artistes puisse être réalisée. Pierre Bongiovanni, fondateur en 1992 du « Centre International de Création Vidéo Pierre Schaeffer » près de Montbéliard, y réfléchit depuis un certain temps. Ce centre de création dédié aujourd’hui à la création contemporaine liée aux nouvelles technologies, est sur le point de « muter » en une structure dénommée « Scenum » (pour SCEne NUMérique expérimentale), basée sur la réflexion du « Média Théâtre » initiée par son directeur. Cette initiative suit le processus de réflexion qu’il a mis en œuvre dans le cadre des trois festivals d’arts multimédia urbain (« Nuits Savoureuses » en 1999, « Interférences » en 2000, « AM/PM » en 2003) et de sa mission « chantier d’animation de la Gaîté Lyrique » qui lui a été confiée par Bertrand Delanoé, maire de Paris. Ainsi, l’art ne doit subir aucune pression dite « spatiale » quant à sa monstration vis à vis du public, il doit sortir des lieux existants et s’étendre à la vie citadine, d’où l’idée de manifestations « Hors les murs », où ce n’est pas les visiteurs qui vont vers les oeuvres mais les ouvres qui vont à la rencontre du public. Même si cette réflexion sur les nouveaux dispositifs scéniques semblent liés à l’apparition grandissante des technologies dans la vie quotidienne, elle trouve ses racines dans les recherches des grands artistes du début du siècle et particulièrement dans les écrits et propositions artistiques des metteurs en scènes russes du début du XXème siècle que sont Vertov et Meyerhold.

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**Le concept de Média-Théâtre

Le Média-Théâtre est un lieu dédié à la création artistique, permettant de rassembler sur le même plateau technique et sous le même toit, tout ou partie des métiers :

- du spectacle vivant (opéra, théâtre, danse) ;

- de l’art contemporain ;

- des arts visuels et multimédia (installations, vidéo-art, net-art) ;

- du cinéma et de la télévision (captation, montage, effets spéciaux) ;

- de l’informatique (développement logiciel, systèmes d’interaction...) ;

- des réseaux.

Il ne s’agit évidemment pas d’imaginer une structure possédant en propre l’ensemble de ces compétences et matériels. Il s’agit de concevoir un plateau technique permettant d’accueillir et de réunir les équipements et les compétences nécessaires à la mise en œuvre de tel ou tel projet. Il s’agit donc d’un « plateau d’assemblage » et non pas d’un « centre de production intégré ».

Le Média Théâtre existe sous différentes formes et concepts : cinéma électronique, i-cinéma, théâtre électronique, opéra digital, etc. Son début de reconnaissance et sa pertinence s’imposent du fait même des œuvres proposées par les artistes majeurs de notre époque.

[2’« Ce n’est évidemment pas la recherche de la modernité qui intéresse ces artistes, c’est bien la naturelle impertinence avec laquelle ils utilisent et mélangent les savoirs faire archaïques du théâtre, de la danse, de la musique avec ceux du cinéma, de la télévision, de l’informatique et des réseaux. Cette capitalisation des compétences est un point central et structurant des démarches les plus radicales et les plus puissantes de la création contemporaine. Il est essentiel mais il n’est pas suffisant. Ce qui est, par contre, déterminant c’est l’imbrication totale, la fusion, l’irréductible nécessité des différents éléments constitutifs du propos dramaturgique. Cette exigence, quand elle est mal comprise condamne beaucoup de projets artistiques au naufrage ou à la production de spectacles technologisés fondés sur le spectaculaire, sur le bluff. » [15]’2]

Il n’existe, à ce jour, aucun lieu adapté en Europe, susceptible d’accueillir en production les propositions artistiques impliquant une mobilité totale des dispositifs scéniques et la mutualisation de l’ensemble des outils et des compétences nécessaires au Media Théâtre. Les projets artistiques existent mais ils sont généralement produits dans des conditions techniques et financières difficiles et sont très peu diffusés. En France peu ou pas de producteurs engagés (à l’exception de Richard Castelli et Pierre Bongiovanni), pas de théoriciens (à l’exception très notable de Béatrice Picon-Vallin et Franck Bauchard), pas de corpus critique sérieux dans les médias grands publics, des amorces de réflexion jamais finalisées à coup d’études et de rapports financés par l’administration culturelle et enterrés avec enthousiasme dès leur publication.

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**Media théâtre : la structure fixe

Le Média Théâtre sert avant tout à fabriquer des spectacles (opéra, théâtre, chorégraphies) et des expositions impliquant un plateau numérique complet. C’est également un lieu de formation pour les professionnels du spectacle et un lieu de diffusion destiné à recevoir du public. Le média Théâtre hébergera un espace numérique de production entièrement équipé : plateau technique de 1500 m² ; studios de post-production son et image ; régies vidéo, 2D, 3D et design graphique ; accès au Web et réseau haut débit ; caméras plateau ; écrans et scènes modulables ; ponts techniques lumière et son. Des équipements techniques dédiés pourront être installés : appareillages traditionnels lumière et son d’un théâtre « moderne » ; appareillages audio/vidéo permettant la captation, le montage, les effets spéciaux, la diffusion ; appareillages informatiques (développement logiciel, dispositifs interactifs) ; dispositifs réseaux hauts débits ; dispositifs gradins et techniques totalement mobiles et réagençables à volonté. Le plateau scénique est composé de plusieurs éléments modulables permettant d’adopter toutes les configurations intermédiaires entre le dispositif frontal et les dispositifs circulaires (spectateurs à l’intérieur ou à l’extérieur du cercle, spectateurs statiques ou en mouvement). Un espace de jeu aux dimensions variables est réservé aux acteurs, danseurs, performers, musiciens... L’accueil des spectateurs est aussi modulable en fonction des scénographies prévues (mobiles ou fixes, assis, debout, couchés). L’idée centrale est que tout reste mobile. Le plateau est totalement vide et les différents collectifs artistiques qui l’investissent peuvent moduler l’espace à leur guise.

[2’« En ce moment on travaille avec un italien qui s’appelle Maurizio Squillante. L’opéra Wings of Daedalus va se créer à Rome, il ne viendra jamais à Paris. Il y a 14 caméras sur scène, une partie des caméras sont intégrées dans le corps des danseurs. C’est un opéra, avec de la vraie musique et des vrais danseurs, et des vrais chanteurs et des vrais musiciens. Mais il y a un dispositif qui implique une mutualisation technique qui fait que l’on va chercher un bout chez V2, un bout au CICV, un bout ici, un bout là, c’est très bien… mais à un certain moment va se poser le problème de la diffusion de cette chose-là. »’2]

La réponse est toute trouvée. Le Média théâtre permettra de pallier à ce manque flagrant de lieux de diffusion. Pierre Bongiovanni l’a imaginé pour qu’il offre le moins de contrainte possible, pour que les spectacles les plus fous puissent être vus. En cela il répond au rêve de bon nombre d’artistes. Thierry Codyus, fondateur de La Kitchen [16] rêve lui aussi d’

[2’« […] un lieu qui ne possède rien. Un lieu vide, en fait. Un lieu vide avec une telle intelligence technologique dedans qu’il pourrait devenir instantanément plein. Ce que je regrette, c’est l’imposition de normes, de règles. Ces lieux où tout est prévu, la scène est déjà là, les haut-parleurs sont là. A mes yeux ce serait une grande erreur d’imaginer un lieu où tout est déjà implanté. Il faut un espace où tout est mobile. » [17]’2]

Il pense en effet que ...

[2’« ... la scène n’existera plus dans très peu de temps. La scène n’a aucun intérêt en soi, la représentation artistique n’a pas besoin de délimitation physique. Si on part de ce constat, on ne se pose plus le problème de la distance. Je me fous d’avoir un performeur ici, un autre ailleurs,… ou qui soit dans un environnement délimité. Bien sûr il faut un lieu pour montrer la représentation, mais ce lieu n’est pas délimité, à l’intérieur de ce lieu il ne doit pas y avoir d’endroit précis que l’on appelle la scène. […] Ce qui est sûr, c’est que l’on doit s’affranchir du contexte scénique. On doit s’affranchir de la contrainte qui dit que je joue d’ici à là. Je crois que les artistes vont aller de plus en plus vers cette idée d’un affranchissement total de la contrainte d’espace. » [18]’2]

C’est là que réside entre autre le concept de Média Théâtre.

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**Media théâtre : la structure mobile.

La partie mobile du projet consiste en une caravane composée de trois véhicules utilitaires, deux avec re­morques légères et une avec caravane de grande dimension, permettant de délocaliser les possibilités de production multimédia et vidéo et ainsi, permettre une grande diversité des champs d’action, puisque ce n’est plus le sujet qui se déplace vers les dispositifs techniques mais le contraire. Cette Scène numérique mobile est une régie « Audio/vidéo/web » complète qui ne nécessite que le raccordement électrique et Internet (haut débit du type ADSL par exemple). Cela permet ainsi d’aller à l’encontre des sujets de travail, mais également d’aller à l’encontre du public en lui présentant des spectacles, performances, projections en plein air, concerts, dans tous les domaines des arts visuels et musiques électroniques. Chaque véhicule a une fonction qui lui est propre. Le premier, fourgon aux flancs ouverts, est aménagé en régie audio.

Le second, à savoir un véhicule de type monospace, sert au transport de matériels secondaires et de personnes.

Le troisième, un fourgon, a la fonction de studio itinérant de tournage, avec fonds de couleur et bleu incrust, lieu dans lequel les prises de vue sont faites lors d’interviews par exemple. Il est notamment équipé d’un système de chauffage et de climatisation, d’une caméra numérique sur pied, de microcravates et microperches, d’éclairages de studio, de mobilier léger et enfin d’une plate-forme de vidéoprojection sur sa galerie (projecteur 10.000 Lumens, écran de quatre mètres sur trois et une sonorisation extérieure).

Enfin, la caravane de ce dernier véhicule, la plus importante en terme de taille, a pour fonction le studio de montage permettant de modifier immédiatement les vidéos produites (station Dell, deux écrans, logiciel Xpress DV d’Avid et un lecteur enregistreur DVCAM) mais également de salon d’accueil et de réunion équipé (1 moniteur, 1 lecteur DV, 1 lecteur DVD, 1 PC consultation Internet).

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**Exemple de mise en place du dispositif mobile : le festival AM/PM (Arts Multimédias dans le Pays de Montbéliard) .

La première utilisation de cette caravane dans l’élaboration d’une manifestation culturelle a été pour le festival itinérant urbain AM/PM organisé en 2003 par la Communauté d’Agglomération du Pays de Montbéliard (CAPM) et dont la conception a été confiée au Centre International de Création Vidéo Pierre Schaeffer (CICV). Durant 9 mois (d’Avril à Décembre), le convoi a sillonné le Pays de Montbéliard et s’est installé l’espace d’une semaine par mois, dans une commune. Ces véhicules sont dotés de matériels vidéo, audio, informatique et web permettant ainsi d’aller à la rencontre des habitants et de promouvoir la création numérique sous toutes ses formes en utilisant cette plate-forme technique itinérante. Le public a été invité à découvrir une installation multimédia dans un lieu défini de leur commune. L’artiste est présent, il explique sa démarche et accompagne les spectateurs en répondant à leurs questions. Ce premier contact sert de « prétexte » à un échange avec la population.

L’équipe du CICV participe à cet échange et sollicite les gens en leur proposant de participer aux interviews opérées au sein de la caravane. L’appréhension des technologies par leur utilisation dans le domaine artistique constitue un moyen efficace afin de démontrer leur potentiel.

Ensuite, des interviews des habitants sont réalisées sur le thème « vivre dans le Pays de Montbéliard », une médiation culturelle en direction des instituts scolaires, des associations, des comités d’entreprises, des clubs de personnes âgées… est effectuée par le personnel du CICV afin de réunir un public le plus diversifié possible. Les images prises le jour même sont diffusées sur écrans et sur le web tout au long de la journée. Le convoi de véhicule peut être, par la suite, mis à la disposition ou loué à d’autres structures culturelles le nécessitant, que ce soit la caravane seulement ou l’ensemble accompagné du personnel. Il est désormais possible de prévoir son utilité au sein de festivals de différentes natures. Ainsi, elle retrouve sa première fonction pour des festivals « d’arts multimédias », mais elle peut également servir au sein d’autres manifestations, musicales notamment, pour de la webdiffusion, ou tout simplement pour un montage rapide d’images tournées peu de temps auparavant.

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*Des Initiatives au niveau de la formation, universitaire et autres.

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**Les Laboratoires de Recherche.

Les avancées des grands laboratoires de recherche universitaires et industriels notamment américains vers la création artistique ont également largement contribué à cette évolution : c’est le cas en particulier pour le Xerox Parc en Californie, le MIT à Boston, les centres de recherche Télécoms au Japon, et une pléiade de laboratoires plus modestes disséminés sur toute la planète. En France, le plus remarquable en la matière est très certainement le département « hypermédia » de l’Université Paris VIII de Saint Denis [19].Né de la rencontre entre des littéraires et des informaticiens qui fondèrent, il y a plusieurs années, un groupe de recherche pluridisciplinaire dénommé « Paragraphe », il abrite dorénavant plusieurs laboratoires et propose plusieurs formations universitaires dans le domaine des « Technologies de l’Information et de la Communication ». Il accueille ainsi en son sein de nombreux chercheurs et théoriciens travaillant sur le sujet et notamment Jean-Pierre Balpe, travaillant depuis longtemps sur l’hypertextualité, Pierre Lévy sur la virtualisation et la cyberculture, et jusqu’à il y a peu, Edmond Couchot, artiste et chercheur spécialiste des arts numériques en général.

Les mondes de la recherche, de l’industrie, de l’art se sont ainsi contaminés les uns les autres à un rythme très rapide sous la pression de l’industrie cinématographique, mais aussi grâce aux progrès spectaculaires réalisés dans la recherche spatiale, médicale et militaire, ouvrant alors pour l’art de nouveaux espaces d’intervention.

Le ministère a également entrepris la connexion des Écoles d’art au réseau et entre elles via Renater 2. Les régions Rhône-Alpes, PACA, Midi-Pyrénées et Bretagne font à ce jour office de régions-pilotes. Une étude récente commandée à l’IDATE évalue la progression des connexions.

Enfin, le dispositif de soutien à la formation professionnelle dans l’enseignement supérieur se manifeste par la création de licences professionnelles et de DESS pour la production de contenus multimédias pédagogiques, par la mise en place de formations communes engageant des coopérations entre départements universitaires techniques et artistiques, et par le Plan de développement d’Écoles de l’Internet permettant de labelliser toutes les formations (ingénierie, commerce, juridique, contenus). Une « Villa de l’Éducation »,sur le modèle de la Villa Médicis, pourrait également voir le jour, dédiée aux pratiques pédagogiques et aux technologies de l’information et de la communication.

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**Le Fresnoy, Centre National d’ Arts Contemporains.

Réalisation du Ministère de la Culture et de la Communication, du Conseil Régional Nord/Pas-de-Calais et de la Ville de Tourcoing, le Fresnoy est un centre de formation, de recherches et de production dans tous les domaines artistiques de l’image et du son. Il accueille des étudiants avancés pour un cursus de deux ans, sous la direction d’artistes-professeurs invités qui réalisent eux-mêmes de nouveaux projets. Les étudiants admis élaborent au cours de l’année un projet artistiques accompagnés dans leur travail par des directeurs de projet/artistes ayant déjà fait leur preuve sur la scène contemporaine. Pour l’année scolaire 2003/2004 les grand noms ayant associé leur patronyme à cette structure sont Gary Hill [20], fameux vidéaste américain, Atau Tanaka [21], compositeur de musique électronique et performer émérite, Grégory Chatonsky, créateur de la plate-forme artistique en ligne incident.net [22], ou encore le cinéaste Bruno Dumont. Dans un bâtiment de l’architecte Bernard Tschumi, largement salué comme l’un des plus intéressants de cette fin de siècle, Le Fresnoy propose au public des programmations de films d’auteurs, des expositions d’art contemporain, des concerts, des spectacles et divers événements artistiques tout au long de l’année. Les œuvres produites au Fresnoy par les artistes-professeurs invités et les étudiants sont également présentées dans diverses manifestations en France et à l’étranger.

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*Un besoin de trouver des moyens efficaces de diffusion.

L’art multimédia ne montrant « le bout de son nez » que récemment dans le cercle très fermé des critiques d’art et, par conséquent n’existant que récemment aux yeux des professionnels du domaine artistique, il est nécessaire dorénavant de créer le public qui lui correspond et ainsi convaincre les lieux de diffusion de son potentiel. Ainsi de grandes expositions internationales telles que « Lille 2004 : Capitale Européenne de la culture », « La Fête des Lumières » de Lyon, ou encore la très célèbre « Nuit Blanche » de Paris, ont fait ou font appel à des « curateurs » spécialistes dans le domaine, souvent de grands producteurs en la matière, afin de sélectionner des artistes de « valeur ». Ces initiatives permettent, en ne proposant au public que des pièces de qualité, de créer des expositions d’envergure et artistiquement « impressionnantes ».

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**L’organisation d’expos : le prédominance actuelle du Curateur.

Francisation d’un terme anglais désignant les commissaires d’exposition, le curateur est un rôle à qui, dans le monde artistique contemporain, on accorde de plus en plus de place.

Pour être bref, sa fonction consiste à « créer » les expositions, à donner une légitimité de montrer telle pièce accompagnée de telle autre. Il est différencié des conservateurs des musées ou autres directeurs artistique car il est rarement attaché à une institution et travaille plutôt en « freelance ». Il se déplace ainsi d’évènements en évènements. Le précurseur et inventeur de ce métier est le suisse Harald Szeemann. Lorsqu’il conçoit une manifestation, le curateur doit entre autre créer un espace d’étude critique vis à vis d’une forme artistique... En effet dans un univers où « diversité » est le maître mot, il est nécessaire de nommer une personne qui soit capable de recadrer un événement dans une thématique, un contexte précis... Souvent décrié par les artistes eux-mêmes, jugeant que leur propre rôle est devenu minime par rapport à celui du curateur, pour eux, il n’est plus possible de répondre de manière évidente à la question de savoir qui est l’auteur de ce qui a été réalisé, puisque c’est le commissaire de l’exposition qui réclame aujourd’hui la production de telle ou telle oeuvre.

Même si ce rôle dans la conception d’évènement est fortement décrié, il reste tout de même un bienfait pour les arts manquant de renommée, les art numériques en particulier. C’est l’artiste chinois Du Zhenjun qui me l’a signalé, même s’il a écrit récemment un manifeste mettant à mal ce métier.

Il m’a révélé au cours d’une discussion que c’est suite à leur arrivée dans les arts multimédias que certains artistes du dit domaine se sont révélé aux yeux de la profession et du grand public. En effet, il y a très peu de temps encore, cet artiste devait, afin de survivre et de créer les oeuvres qu’il souhaitait, passer plusieurs mois par an à peindre des toiles « classiques » afin de les vendre. Or, depuis qu’il a participé à de grands évènements artistiques majeurs en France (le Festival d’Automne en novembre 2003 dans une exposition rétrospective montrant l’ensemble de ses créations présentée par Pierre Bongiovanni ou dans le cadre de l’exposition Cinéma du Futur de Lille 2004 Capitale Européenne de la Culture au début 2004 mise en oeuvre par Richard Castelli), où une partie du commissariat a été attribué à des curateurs spécialisés dans les arts numériques, la nécessité pour lui de réaliser ces toiles s’est amenuisée car il expose désormais au sein de plusieurs grands lieux culturels français et mondiaux (le Lieu Unique à Nantes, l’Espace Landowsky de Boulogne Billancourt notamment...).

De grands événement artistiques contemporains se sont dotés ces dernières années de commissaires spécialisés dans le domaine, Lille 2004, Nuit Blanche à Paris, la prochaine Nuit des Lumières à Lyon... et permettent à chaque fois une visibilité plus importante des arts numériques aux yeux des médias, des tenants du marché de l’art et surtout du public. Parallèlement à cela, quelques structures se sont créées dans le but de jouer le rôle d’intermédiaire entre l’artiste, le lieu de diffusion et le public. Elles jouent le même rôle qu’un « tourneur » dans le domaine de la musique ou d’un « distributeur » pour le cinéma. Cependant, à l’heure actuelle, à l’instar des activités qui leurs correspondent dans le cadre des autres catégories artistiques elles évoluent dans un domaine encore trop peu défriché pour avoir les mêmes facilités d’intervention auprès des autres agents qui constituent leur secteur d’activité. Par cette idée, j’entends que les arts numériques sont une forme d’art récente contrairement aux arts qui composent le spectacle vivant tels que la danse ou le théâtre par exemple. Ils ne sont pas non plus un secteur générant de l’économie propre comme la vente d’albums musicaux pour la musique ou celle des DVD pour le Cinéma. Ils ont donc une reconnaissance moindre et tout le travail reste à réaliser.

#RETOUR

**L’exemple d’Arscenic.

J’ai créé, en janvier 2004, en collaboration étroite avec Robin Félix, l’association sous le régime de la loi 1901 « Arscenic » [23], dédiée à la Promotion et à la Diffusion des Arts Multimédias et des Nouvelles Scénographies. Cette structure a pour vocation d’accompagner les artistes dans leurs différentes démarches. Suite à une expérience commune au CICV Pierre Schaeffer, centre de production vidéo et numérique que j’ai déjà évoqué précédemment, au cours de l ’élaboration d’AM/PM [24], festival urbain et itinérant d’Arts Multimédias dans le Pays de Montbéliard, nous en avons conclu un constat simple. Comme nous l’avons déjà étayé dans les chapitres précédents, des artistes de plus en plus nombreux utilisent les technologies numériques comme moyens d’expression. Depuis quelques années, cette catégorie de créations s’accélère, grâce notamment à des programmes de soutien tels que le DICREAM, à l’existence de structures de production et de représentation dédiées, au coûts sans cesse décroissants des technologies... Bien que peu nombreux, ils dénotent l’intérêt croissant que les artistes et le public prêtent aux technologies de l’image et du son et à l’outil informatique au service de la création.

Cependant, trop de réalisations ne trouvent aucun lieu de diffusion, faute de moyens, faute de correspondre à des critères économiques ou esthétiques. A l’échelle européenne, les projets artistiques liés aux technologies dîtes « de l’information et de la communication » se développent également et sont soutenus par des programmes spécifiques (Culture 2000 par exemple) et financés par la Commission Européenne. De telles initiatives participent à la reconnaissance institutionnelle des Arts Numériques / Multimédias. Néanmoins, il reste beaucoup à faire dans ce domaine.

Si l’on veut que ces nouvelles formes artistiques continuent à exister et rencontrent leur public, la question de la diffusion de ces œuvres doit faire partie du débat. Beaucoup trop nombreux sont les artistes qui, après s’être démenés dans les méandres de la production et de la réalisation, sont confrontés seuls et sans aucune ressource à la fatidique phase de diffusion de leur œuvre. Pourquoi l’artiste a-t-il tant de difficultés à trouver des opportunités afin d’exposer ses créations ? Pourquoi des artistes comme Miro ou Rubens sont ils exposés constamment aux quatre coins du monde au sein d’importants musées alors que des artistes contemporains qui utilisent les moyens de leur époque pour créer, qui eux, ont besoin de l’être pour vivre, ne le sont-ils pas ? Pourquoi seules des structures alternatives prennent le « risque » de les promouvoir ?

A notre avis, deux raisons majeures renforcent cette idée. D’une part, la frilosité des structures conventionnelles qui, à cause de problèmes techniques, budgétaires ou simplement d’opinions, sont réfractaire aux oeuvres multimédias qui s’opposent au marché conventionnel de l’art. De l’autre part, un public averti quasi-inexistant qui, par manque d’informations, de connaissances théoriques, ne fait pas forcément l’effort de curiosité personnel de se porter vers d’autre formes qu’il ne connaît déjà. L’art contemporain n’est pour ainsi dire pas abordé dans la scolarité d’un étudiant. L’outil numérique, quant à lui, l’est seulement dans une perspective pratique telle que la rédaction de documents, l’utilisation dans le simple but de la communication, la recherche d’information ou l’envoi de courriels. Nous généralisons certainement un peu trop la situation, cependant, dans la pratique et suite à nos diverses expériences, ce constat semble relativement réaliste.

Il est donc du ressort d’autres agents de faire ce travail de promotion en apportant des éléments concrets de compréhension à des publics d’horizons divers. Il est nécessaire de multiplier par tous les moyens les occasions de permettre aux citoyens de se confronter aux préoccupations des artistes contemporains. Arscenic a ainsi pour vocation de développer et de vulgariser la diffusion de l’Art Numérique en France et à l’étranger. Fort de son expérience et de ses contacts privilégiés avec la sphère artistique contemporaine, l’association entend développer des réseaux de diffusion spécifiques aux arts numériques et nouvelles scénographies afin d’étendre leur visibilité à l’ensemble des structures culturelles nationales et internationales (musées, galeries, Scènes Nationales, Centres Dramatiques Nationaux, festivals, biennales, lieux d’exposition,…).

L’association développe alors trois objectifs différents :

- la production, la promotion et la diffusion d’œuvres artistiques au plan national et international. Répondre aux enjeux de la création contemporaine par la promotion et la diffusion de formes artistiques hybrides influencées par l’utilisation de plus en plus répandue du numérique.

- la mise en place d’un réseau international de compétences pour favoriser et encourager la diffusion de la création numérique contemporaine. Faire découvrir à un large public des œuvres contemporaines du monde entier à travers différentes actions culturelles (expositions, formations, ateliers, débats, rencontres...). Décloisonner différents milieux de création et faire communiquer leurs publics.

- l’organisation d’évènements culturels. L’association se donne également la possibilité de participer à l’élaboration de projets artistiques issus d’autres structures culturelles ou institutionnelles. Encourager de nouvelles formes de coopération sur le plan artistique, notamment par des ententes de partenariat et de co-diffusion.

En bref Arscenic se défini comme l’intermédiaire privilégié entre l’artiste et les lieux de représentation, entre l’artiste et son publics mais également entre les artistes eux-mêmes.

Notes

[1] Ars Longa - Association culturelle - Espace Culture Multimédia - Paris 20ème

Site : http://www.arslonga.org

[2] Résonances - Rencontre Internationales des technologies pour la musique - IRCAM

Site : http://resonances.ircam.fr

[3] IRCAM - Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique

Site : http://www.ircam.fr

[4] Métapole - Multimédia Educatif pour la Transmission des Arts électroniques

Site : http://www.metapole.net

[5] MAC Créteil - Maison des Arts de Créteil / Val de Marne.

Site : http://www.maccreteil.com

[6] Le Manège - Scène Nationale de Maubeuge / Scène Transfrontalière de Mons.

Site : http://www.lemanege.com

[7] Lille 2004 - Capitale Européenne de la Culture 2004

Site : http://www.lille2004.com

[8] Epidemic - Structure de production et de diffusion d’Installations / Spectacles

Site : http://epidemic.cicv.fr

[9] Mouvement.net - site indisciplinaire des arts vivants.

Site : http://www.mouvement.net/html/fiche...

[10] Mouvement.net - site indisciplinaire des arts vivants.

Site : http://www.mouvement.net/html/fiche...

[11] Monum.fr - Site du Centre des monuments nationaux français.

Site : http://www.monum.fr/m_conciergerie/...

[12] La Gaité de Paris - Préfiguration du futur centre de la Gaîté Lyrique

Site : http://www.la-gaite-de-paris.info

[13] Festival d’Automne - Un Festival à la proue du temps.

Site : http://www.festival-automne.com/pub...

[14] Bongiovanni Pierre, 2003

[15] Scenum.tv - Projet de Scène Numérique de Pierre Bongiovanni

Site : http://www.scenum.tv

[16] La Kitchen - Lieu de création et de développement artistique

Site : http://www.la-kitchen.fr

[17] Cf. Annexes, Entretien avec Thierry Coduys

[18] Ibidem.

[19] Laboratoire Hypermedia - Université de Paris 8 / Saint Denis.

Site : http://hypermedia.univ-paris8.fr

[20] Gary Hill - Artiste Vidéaste américain, un des précurseur de Video-art.

Site : http://www.gary-hill.com

[21] Atau Tanaka - Artiste Musicien / Chercheur japonais.

Site : http://www.sensorband.com/atau/

[22] Incident.net - Collectif d’artiste multimedia - Plateforme Web.

Site : http://www.incident.net

[23] Arscenic - Association dédiée à la promotion et la diffusion des arts multimédias et des nouvelles scénographies.

Site : http://www.arscenic.info

[24] AM/PM - Arts Multimédias dans le Pays de Montbéliard.

Site : http://www.scenum.tv

Documents joints

  • Quentin Drouet - Mémoire (PDF – 1.4 Mo)

    Arts Multimédias / Numériques : Leurre ou réelle mutation des arts préexistants ?

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